
Tu as peut-être déjà entendu parler des soft skills, ces compétences comportementales telles que la gestion du stress, la confiance en soi, l’empathie… Elles s’opposent aux hard skills, soit des compétences purement techniques (maîtrise d’une langue, d’un code informatique, de notions juridiques, etc.). Elodie Gentina, professeure en marketing à IESEG School of Management et passionnée par la jeune génération, nous explique pourquoi les soft skills vont progressivement devenir indispensables dans le monde de l’entreprise. Ensemble, on analyse pourquoi le diplôme et les compétences classiques ne suffiront plus dans le monde de demain. Tu nous suis ?
Les soft skills, c’est quoi au juste ?
E.G – Les soft skills correspondent à l’ensemble des compétences et des capacités qui nous permettent d’interagir de manière réfléchie dans un contexte donné. Autrement dit, il s’agit de l’aptitude à adapter son comportement en fonction de la situation dans laquelle on se trouve. La communication, la collaboration, la pensée critique ou encore la créativité sont autant de soft skills qui permettent de naviguer au sein d’un environnement donné.
Pourquoi les soft skills sont en train de gagner en importance au sein de l’entreprise ?
E.G – D’après une étude réalisée par LinkedIn en 2022, 80% des compétences nécessaires dans l’entreprise de demain seront des compétences transversales, soit des soft skills[1]. L’une des raisons qui expliquent cela est l’obsolescence de nos métiers. Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, les changements environnementaux et la révolution numérique, bon nombre de métiers qu’exercent les jeunes aujourd’hui n’existeront plus demain.
J’ai récemment lu une étude affirmant qu’en 2030, 65% des élèves de maternelle auront un métier qui n’existe pas encore[2] ! Face à cette obsolescence professionnelle, nos diplômes ne suffisent plus. En effet, la jeune génération étudie des enseignements qui ne seront probablement plus utiles d’ici à quelques années. Alors comment fait-on ? Il est nécessaire de s’adapter à ces changements en développant des compétences qui le permettent.
Par exemple, si j’ai une bonne capacité d’adaptation, je serai capable d’intégrer les changements au travail et de m’adapter plus facilement aux nouvelles missions qu’on me confie. En outre, si mon poste devient obsolète, mais que j’ai un esprit créatif, je serai capable d’innover pour le transformer. De surcroît, si j’ai un bon esprit d’équipe, je ferai en sorte de collaborer avec mes pairs pour que nous trouvions des solutions de manière collaborative, chacun apportant ses compétences (le goût du risque pour l’aspect challenge, la créativité pour les innovations, l’esprit critique pour identifier les forces et faiblesses d’un projet…).
[1] Global Talent Trends, Etude LinkedIn, octobre 2022 https://business.linkedin.com/talent-solutions/global-talent-trends?trk=bl-po
[2] Jobs in the Future – The Career Path of Generation Y & Z (Infographic), Wagepoint, 2013 https://wagepoint.com/blog/jobs-in-the-future-the-career-path-of-generation-y-z-infographic/

Voilà pourquoi, un nombre croissant de recruteurs intègrent les soft skills dans leur grille d’évaluation : ils cherchent quelqu’un qui sera capable de s’adapter aux différents types d’évolutions qui nous attendent, notamment sur les plans technologiques et écologiques (raréfaction des ressources, automatisation, nouveaux outils numériques, etc.)
En quoi les soft skills peuvent-elles être vues comme un outil pour la Gen Z ?
E.G – Beaucoup d’étudiants avec lesquels je travaille m’affirment leur volonté d’avoir davantage d’enseignements sur les soft skills : apprendre à développer l’esprit d’équipe ou le goût du risque via le sport, stimuler sa créativité à travers des matières artistiques, etc. Avec ce type d’activités, ils apprennent à se connaître davantage : c’est, en quelque sorte, un bilan de compétences ! Si j’aime l’escalade, alors je pourrais potentiellement me tourner vers des métiers où le goût pour les challenges est apprécié. Si je préfère le sport en solitaire, je serais peut-être moins adapté aux très grandes équipes.
Les études parlent d’elles-mêmes : un jeune sur deux de moins de 30 ans ne sait pas ce qu’il veut faire dans la vie, car il ne se connaît pas véritablement. L’apprentissage des soft skills est donc un excellent moyen d’identifier sa personnalité, et d’intégrer ainsi une entreprise avec des missions qui nous correspondent.
Ce manque de repères est également visible chez les adolescents, qui se sentent assez perdus lorsqu’il s’agit d’identifier ce qu’ils vont faire plus tard. On leur demande de faire un choix d’orientation sur Parcoursup après le lycée, alors qu’ils ne se connaissent pas du tout ! Le fait d’identifier ces soft skills leur permettrait de connaître leurs forces et leurs faiblesses et, par conséquent, de faire des études adaptées. Souvent, les jeunes s’engouffrent dans des parcours un peu par défaut, et finissent par quitter leur job plusieurs années plus tard, car ils réalisent qu’ils ont fait fausse route.

D’une pierre deux coups, cela permet également aux entreprises de mieux fidéliser leurs employés : la personne qui a identifié ses soft skills arrivera mieux à identifier les postes qui lui correspondent. De facto, elle restera probablement plus longtemps dans un environnement au sein duquel elle se sent à sa place.
Est-ce qu’il existe des méthodes pour identifier/développer ses soft skills ?
E.G – Il y a un jeu que je trouve particulièrement efficace, qui s’appelle ze.game, mis en œuvre par Boris Sirbey. L’objectif est d’identifier ses soft skills à l’aide du jeu. Cela se traduit par le parcours d’un héros, avec des challenges progressifs visant à développer la pensée critique, l’écoute active, la pensée collaborative, la créativité, la cohérence… En somme, tous les outils qui sont nécessaires pour se sentir épanoui dans un job et pouvoir être performant sur ses missions (savoir dialoguer avec son équipe, se remettre en question, challenger des propositions, etc.). Pour résumer, le jeu va nous aider à identifier quelles sont les compétences qui nous vont le mieux, à travers des mises en situation.
Ze.game vous aide également à booster vos soft skills à travers différents types d’obstacles et de défis qui permettent de travailler sur un point donné (l’écoute, le sens de la collaboration, la réflexion, etc.), le tout dans une ambiance assez sympa, car le jeu s’effectue en collectif !

Il existe d’autres outils qui permettent d’identifier et de développer nos soft skills. Par exemple, le contact avec les animaux est une excellente façon de développer notre empathie, en s’occupant d’un autre être vivant et en veillant à ses besoins. Les jeux d’équipe sont également un outil très efficace, car ils nous aident à accroître notre sens de l’écoute et de l’entraide. En complément, les sports individuels comme l’escalade ou le saut à l’élastique sont d’excellents moyens pour développer notre goût pour le défi et le dépassement de soi.
Les soft skills pourront-elles aider les collaborateurs à évoluer dans un environnement de plus en plus préoccupant (pandémies, crise écologique et énergétique…) ?
E.G – La crise sanitaire et énergétique, l’inflation des prix ou encore le réchauffement climatique sont, en effet, autant d’éléments anxiogènes qui nous préoccupent. La jeune génération se sent particulièrement concernée, car c’est elle qui va évoluer professionnellement dans un avenir très incertain.
En outre, la Gen Z a vécu de plein fouet les conséquences du Covid-19, car la plupart des jeunes ont dû effectuer leurs études à distance, avec peu d’interactions à la clé. À ce titre, une récente étude réalisée par Ipsos a révélé que le niveau de stress psychologique est ressenti plus fortement chez les jeunes adultes âgés de 18 à 25 ans[1]. Près de trois quarts d’entre eux affirment avoir souffert d’anxiété au cours de la pandémie.
À travers l’apprentissage de soft skills comme la gestion du stress et la capacité d’adaptation, ils auront davantage la possibilité de s’adapter à ce type de changements assez préoccupants. D’ailleurs, 47% des 18-34 ans révèlent avoir déjà pratiqué la méditation pour faire face au climat anxiogène généré par la crise sanitaire, contre 32% chez les plus de 55 ans[2].
[1] Perceptions et représentations des maladies mentales, Etude Ipsos, janvier 2021 https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2021-01/ipsos_rapport_fondamental_focus_jeunes_0.pdf
[2] Etude Petit Bambou pour Yougov, octobre 2020 https://loptimisme.pro/wp-content/uploads/2020/11/Etude-Petit-Bambou-pour-YouGov.pdf

Les applications telles que Petit Bambou, permettant de méditer chaque jour quotidiennement de façon simple, ont particulièrement la cote chez les jeunes ! Ce type de méditation pleine conscience offre de bonnes capacités à gérer le stress, tout en aidant à booster la confiance en soi, afin de faire face à un environnement instable. Grâce aux nouvelles technologies, on peut désormais pratiquer cette activité depuis chez soi, avec son smartphone.
Quelle soft skill est particulièrement valorisée chez les jeunes ?
E.G – Je dirais l’esprit d’équipe ! Le sentiment d’isolement expérimenté par les jeunes au cours du Covid leur a d’autant plus donné envie d’échanger avec leur entourage. Pour lutter contre la solitude, ils s’inscrivent dans une dynamique de travail d’équipe, notamment à travers des activités culturelles, des jeux ou des activités sportives.
À noter que cette notion de collectif était déjà assez présente chez la Gen Z, très habituée aux réseaux sociaux, générant des interactions permanentes. Traduction : les managers devront intégrer cette dynamique collaborative dans leurs équipes, au risque de ne pas réussir à recruter !
L’un des moyens que l’on pourrait développer en entreprise pour accentuer le travail en collectif serait de mettre en place des outils digitaux tels que WhatsApp, Snapchat ou Tiktok entre les employés. Cela leur permettrait de partager leur vécu avec leurs collègues, notamment via la réalisation de stories.

Ce type d’outils interactifs serait, par ailleurs, un excellent moyen d’attirer de futurs collaborateurs, qui auraient un aperçu de la vie en entreprise à travers le storytelling des employés. À mon sens, les entreprises devront considérablement changer leur manière de recruter au cours des années à venir, pour s’adapter à la nouvelle génération.
Source : publié par Elodie Gentina sur le site de newfirmgeneration.mazars.fr